Le bonhomme reste à l'image de sa musique : convivial, chaleureux. Teint bronzé, sourire radieux et barbe de trois jours, il reçoit au fond d'un studio de Suresnes. « Je suis content de faire écouter les nouvelles chansons, car je suis dedans depuis des semaines », lance-t-il après avoir fini une voix sur l'un de ses derniers titres.
A 34 ans, le chanteur est à mi-parcours de son deuxième CD qui s'annonce déjà comme l'un des événements musicaux de 2010. Le premier, « Mon paradis », a tourné au phénomène : plus d'un million et demi d'exemplaires vendus, des tubes matraqués sur les radios, de « On s'attache » à « Ça fait mal », un million de spectateurs en tournée, sans parler des débuts triomphaux dans le « Roi Soleil » en frère de Louis XIV. De quoi perdre pied. « Cela m'est arrivé parfois sur la tournée, confirme l'intéressé. C'était plein tous les soirs, j'étais chouchouté. J'avais tout ce que je voulais. Cela m'est arrivé de passer un coup de fil pour avoir une tisane alors que j'aurais pu aller m'en acheter. C'est en rentrant chez moi que je mesurais les choses. Je disais à ma nana : bon, on mange quoi ? Il y avait un vrai décalage. » Car la nouvelle star de la chanson est aussi papa d'un petit Jules depuis un an et demi et compagnon de Nadège, sa fiancée depuis des années. Il s'excuse presque de ne pas « changer de vie ou acheter des trucs dingues ».
Ses potes musiciens, qui l'accompagnent depuis ses premiers concerts dans des bars, sont là aussi pour lui rappeler d'où il vient. « Ils ne se gênent pas pour me dire les choses quand ça ne va pas. » La tournée en première partie de Johnny l'été dernier en plein air l'a aussi fait redescendre de son nuage. « Je me suis retrouvé face à un public sans réaction qui se foutait un peu de ma présence. Il a fallu que je donne encore plus pour convaincre. » Maé ne s'arrête jamais : « Je peux rester inactif pendant quatre ou cinq jours mais, très vite, je gamberge. On peut croire que je reviens trop vite, mais dans la rue on me commence à me dire : Ben alors ? T'es où, Tu fais quoi ?
» Alors il a composé, écrit beaucoup, jeté parfois, pour ce nouvel album gorgé de tubes que nous avons pu écouter en avant-première (lire ci-dessous). Des morceaux coécrits parfois avec des artistes inattendus. Diam's lui a donné un coup de main sur deux textes, « Je me lâche » et « J'ai vu », excellent clin d'oeil à la sagesse africaine qui fascine les deux artistes. « On s'est rencontrés il y a trois ans. On avait même chanté ensemble lors de mon concert à Bercy. Je l'ai appelée et on a fait deux chansons. » Autre surprise, la présence de Boris Bergman, parolier historique d'Alain Bashung, sur « Vertige de l'amour » et « Gaby ». « C'est vrai qu'on ne l'attend pas sur mon disque, mais on avait collaboré ensemble il y a dix ans sur mon premier album, qui n'est jamais sorti. On avait fait une chanson qui s'appelait Donald dans les docks. J'ai gardé le texte et j'ai refait une nouvelle musique. » Un pont entre les années de galère de Maé et le triomphe d'aujourd'hui. Entre les deux, le garçon n'a pas beaucoup changé. « On trace la route », annonce son nouvel album. Un « on », commun avec son public intergénérationnel, pas prêt de le lâcher en si bon chemin.
Christophe Maé sera en concert les 15 et 16 juin au Zénith de Paris. Et en tournée à partir du 1er juin.
Le Parisien Novembre 2009
